Un travail serait peut-être à faire en commun afin de déterminer quels passages sont essentiels/inévitables dans la transposition cinématographique.
Ensuite, je ne trouve pas que FH est "bâclé" l'assaut final sur Arrakeen. Il a joué sur l'inéluctable renversement du sablier, il n'y pas réellement d'affrontement. "Mère nature" elle-même est avec les fremens pour leur assurer cette victoire aux sentiments mitigés : Muad'Dib gagne cette bataille, perd son fils, ouvre le chemin au Jihad,...
Pour revenir à mon idée d'un Muad'Dib introduisant le film :
Je le vois sur son trône
(voir Siudmak), puis un zoom progressif sur ses yeux de l'ibad, tout n'est que cris et rage, des banières atréides flottent, du sang, des larmes, des voix "pour Muad'Dib", l'épice, les vers, "DUNE" sur une image de désert de jour.
Puis contraste : la nuit, un océan déchaîné, une trombe, Leto sous une pluie battante, le regard perdu, mélancolique, observant ce déchainement naturel.
Paul dans son lit allongé sur le dos, les yeux clos, endormi, avec un zoom sur ses yeux, ils s'ouvrent brusquement, des yeux noirs, naissance d'un léger mouvement de houle tels un liquide en surface, une goutte tombe dans ce liquide (de Lynch

), "Parle moi des eaux de ton monde natal Usul", un visage (Chani).
Puis transposition sur Arrakis avec Paul racontant son histoire à Chani, devenant conteur, narrant sa vie sur Caladan, sa famille, ses amis, ses préceptes, ses ennemis, puis sa propre déchéance suite à la traîtrise.
Ta vision est très belle !
Le croiras-tu ? J'ai eu peu ou prou la même intuition. Je me suis si longtemps creusé la tête pour corriger le Lynch. Un peu comme tous ces fan-edit(eurs) qui ont si longtemps (et vainement) attendu qu'une réédition "director's cut" incorporerait, à un moment ou un autre, une prémonition du Jihad et de ses crimes.
Par exemple, en la situant au moment du triomphe sur Feyd, juste après le petit discours du trône : je voyais la caméra zoomer sur les yeux de Paul puis, au lieu de s'échapper dans le bleu des océans de Caladan, j'aurais installé à cet endroit précis une vision apocalyptique rougeoyante à la Terminator 2 (ado j'avais été saisi par le cauchemar de Sarah Connor).
Je crois que ce simple amendement de 15 à 30 secondes aurait peut-être changé certains regards sur le film (mais c'est là que la lecture des scripts précédents prend tout son sens).
Tu sais que l'image magnifique de la goutte qui tombe dans l'eau n'était pas de Lynch mais d'un de ses assistants (on le voit dans le bonus du DVD britannique). Elle devait avoir pour contrepoint l'éclosion d'un lotus sur fond noir (quand la caméra zoom sur le bleu des yeux de Paul) :
285. INT. GREAT HALL - ARRAKEEN PALACE - DAY
WE MOVE through Paul's glowing blue eyes into
beautiful blue luminescent light.
A gigantic WIND arises, and suddenly appearing in
the blue light is an ocean of light rolling like
gold glass off into infinite. The blue becomes
darker and a golden lotus flower blooms in the
night.
THE END
C'est plein de poésie et de sens, si le film n'avait pas été charcuté de toutes les scènes qui lui assuraient sa continuité.
Pour ma part, j'avais également imaginé 3 autres entrées en matière :
* en commençant par la vie au désert, ce qui permettait d'entrer directement dans le monde fremen, puis de reconstruire le reste par petites touches
* en faisant appel à ce personnage si terrible et marquant qu'est l'empereur-ver qui me semble parfait pour jouer un rôle de narrateur omniscient
* en développant un récit choral qui montre le point de vue des factions en présence
Dans les 3 cas, il s'agit de briser la malédiction d'un rapport trop étroit au livre dont le rythme est inadapté, me semble-t-il, à une mise en images. Mais, avec un modèle littéraliste comme le SdA, j'ai des doutes, d'autant plus que n'est pas Peter Jackson qui veut ...