De Dune à Rakis
Septembre 09, 2010, 12:29:12 *

Sur Arrakis, la bataille fait rage entre les Atréides et les Harkonnen pour prendre le contrôle de l'Epice, la substance la plus précieuse de l'Univers, convoitée par le Bene Gesserit pour la prescience et le contrôle du Kwisatz Haderach, le sur-Homme; par la Guilde Spatiale dont ses navigateurs saturés d'Epice détiennent le monopole des voyages interstellaires ou par tout un chacun pour prolonger sa vie. En embrassant la cause de Muad'Dib, leur prophète, leur Mahdi, les Fremen changeront non seulement la face de Dune, mais celle de l'Univers tout entier, à jamais...

Alors chevauchez un Ver des Sables ou embarquez dans votre Ornithoptère pour nous rejoindre dans cette fabuleuse saga de Frank Herbert, oeuvre incontournable de la science-fiction moderne!

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Auteur Fil de discussion: Dune apocryphe  (Lu 947 fois)
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« Répondre #30 le: Juillet 11, 2010, 02:21:47 »

Bien le retour des Sardaukars sur le devant de la scène.

Petite proposition: n'éditerais-tu pas ton premier post afin d'y inclure une table des matières (même si elle peut encore évoluer) et peut-être aussi un lien vers chaque passage. Je verrais bien aussi des liens vers cette table des matières, vers le passage précédent ainsi que vers le passage suivant toujours à chacun de tes posts. Cela permettrait au lecteur de passer les commentaires et d'accéder directement au chapitre suivant.

Dernières questions, mais c'est une simple question, as-tu songé à placer une épigraphe au début de tes chapitres? (Ok, je sais bien que c'est beaucoup plus facile à demander qu'à faire!)
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Quand je suis plus faible que vous, je vous demande la liberté car cela s’accorde à vos principes; quand je suis plus fort que vous, je prends votre liberté car cela s’accorde à mes principes.
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« Répondre #31 le: Juillet 11, 2010, 03:26:10 »

13. 10183 Ap. G., long-courrier en transit Cor Serpentis / Arrakis.
Cantilène Nadrassi avait accueilli la nouvelle de son départ avec une certaine indifférence.
« Je suppose que tu ne me diras pas où tu t'en vas ? avait-elle demandé à S'tian.
_Non, répondit-il.
Sa main se tendit vers elle et il lui remit l'enveloppe cachetée sur laquelle il avait écrit « pour Valdur Zaks ».
« Quant vous le verrez, avait-il ajouté, j'aimerais que vous lui donniez cette lettre... Je me doute que vous l'ouvrirez donc je n'y ai rien écrit de compromettant. Je le remercie pour l'aide qu'il a bien voulu m'offrir quand j'en avais besoin et je lui dis qu'il avait eu raison au sujet de la Confrérie.
_Tu n'es qu'un sale gamin, et mal élevé avec ça, avait marmonné la femme. Mais tu vas quand même me manquer un peu. Après tout, c'est à toi que je dois ma vengeance contre Malkyd. Méfie-toi des siens : ils voudront sans doute le venger...
_Maintenant que je suis dans la Confrérie ? avait-il rétorqué.
_La Confrérie protège les siens contre les assassins. Pas contre les accidents. »
S'tian avait secoué la tête.
« Vous n'êtes pas ma mère, avait-il fini par dire.
_Fiche le camp d'ici, avait craché Nadrassi.
Le garçon avait tourné bride et, au moment de sortir du hangar de la receleuse où la conversation venait d'avoir lieu, il avait lancé :
« Merci pour tout, Cantilène...
_Mais de rien, S'tian : tu m'as payée pour ça. »
Il avait éclaté de rire en refermant la porte. Il riait encore dans la rue, et son sourire tenait toujours bon lorsqu'il était arrivé au starport. Après, les formalités d'embarquement à bord du vaisseau de voyageurs avaient nécessité trop de concentration pour qu'il soit en mesure de garder la tonalité de leur échange à l'esprit.
La Confrérie lui avait payé un billet à bord d'un vaisseau qui prendrait un long courrier en partance pour Arrakis. Le capitaine avait reçu un pot de vin pour que S'tian soit introduit à bord du vaisseau par une porte non surveillée. De la sorte, sa cotte de maille et son couteau n'auraient pas à voyager dans la soute. La cotte de maille était devenue pour S'tian un équipement du quotidien. Il vérifiait son mécanisme chaque matin avant de l'enfiler par-dessus ses sous-vêtements. Le métal léger pouvait le protéger de la plupart des coups de couteau directs, ainsi qu'il avait pu le vérifier lors d'un contrat d'entraînement proposé par la Confrérie. La protection pouvait aussi se changer en matériel d'agression, car la cotte de mailles dissimulait une multitude d'aiguilles chargées d'un poison violent. Il avait appris à distiller lui-même la neurotoxine à partir de feuilles d'euphorbe de Rossak. Le Manuel des assassins que la Confrérie lui avait remis contenait le protocole d'extraction et décrivait l'ensemble du matériel nécessaire à l'opération. Lorsqu'il avait reçu la cotte de mailles, il avait choisi la neurotoxine d'euphorbe parce qu'elle était à la fois violente, simple à extraire et stable dans les aiguilles. Ainsi, S'tian avait-il acquis un moyen de protection à la fois efficace et surprenant.
Il mit le pied hors de Cor Serpentis sans aucun regret. Le vaisseau décolla tandis qu'il se trouvait dans le couloir central, en direction de sa cabine, et il n'y avait aucun hublot par lequel il aurait pu accorder un dernier coup d'oeil au deuxième monde dont il avait foulé le sol.

La Confrérie lui avait réservé une place dans un compartiment à six sièges. Cor Serpentis était le seul arrêt du vaisseau de voyageurs avant Arrakis, ce qui signifiait que le passager qui se trouvait dans le compartiment lorsque S'tian y fit son entrée serait son seul compagnon de voyage. S'tian lui adressa un bref coup d'oeil lorsqu'il eut ouvert la porte du compartiment : l'homme semblait sans âge et son regard était pour l'heure perdu dans la contemplation de l'espace à travers le hublot de cabine. Le garçon referma la porte derrière lui et l'homme tourna la tête dans sa direction. S'tian choisit le siège qui était le plus éloigné de celui de l'autre passager. Il grimpa sur son fauteuil pour atteindre le filet à bagages et y déposa son sac à dos, puis il s'assit et sortit un lecteur de bobines portatif de la poche de son manteau à capuchon. L'homme reporta son attention sur le champ d'étoiles.
Les opérations d'arrimage ne durèrent pas très longtemps. Le long courrier de la Guilde sembla moins énorme à S'tian que celui qui l'avait amené à Cor Serpentis un an plus tôt. Le transport de voyageurs s'y arrima et coupa ses moteurs, faisant vaciller puis s'éteindre l'éclairage, et la seule lumière provint alors des spots extérieurs des vaisseaux voisins.
« Aux voyageurs, annonça le capitaine par l'intercom, notre vaisseau est désormais soumis aux termes de la Paix de la Guilde. Tout accès aux sas et aux instruments d'observation est interdit. Toute communication extérieure est proscrite. Veuillez utiliser l'intercom pour contacter l'équipage en cas de besoin. Les stores extérieurs seront fermés jusqu'à notre arrivée dans l'espace d'Arrakis, terminus de notre voyage... »
Sur ces mots, le hublot sembla se rétrécir peu à peu et le compartiment fut obscur un bref instant. Puis l'éclairage se ralluma. L'autre passager soupira puis sortit un livre du sac de voyage qu'il avait posé à côté de lui. Son regard croisa celui de S'tian, et celui-ci observa que les yeux de son compagnon étaient verts émeraude, assortis au manteau qu'il portait par-dessus sa tunique blanche.
Les premières heures du voyage furent ennuyeuses. S'tian se lassa vite des vidéofilms du lecteur de bobines dont il avait fait l'acquisition quelques jours plus tôt. Il sortit du compartiment pour arpenter le couloir central, saisi peu à peu d'une sensation de fébrilité inhabituelle : son précédent voyage ne lui avait pas laissé une pareille impression alors qu'il avait été beaucoup plus long que ce que celui-ci s'annonçait.
Est-ce de l'impatience ?
Des repas leur furent servis en cabine, une demi-heure avant l'extinction des feux. Le repliement de l'espace était annoncé pour une heure indéterminée de la nuit et l'équipage recommandait aux passagers de dormir, l'heure du vaisseau étant calculée afin que le cycle circadien soit conforme à celui d'Arrakis, à l'aplomb d'Arrakeen. S'tian utilisa le cabinet de toilette du compartiment pour se défaire de sa cotte de mailles, qu'il plia et rangea dans une poche de son manteau. Puis il revint s'installer sur son siège, s'enroula dans sa cape et s'endormit en gardant la main sur le manche de son couteau.
Il rêva.
Dans son rêve, il y avait une ville assiégée. Des assaillants perçaient toutes ses défenses et l'investissaient peu à peu. Et les défenseurs en déroute étaient des Sardaukar.
Le rêve changea.
Il y avait un homme au visage marqué d'une cicatrice. Il portait un uniforme noir et vert et brandissait un kindjal. Au-dessus de lui, le ciel était convulsé par une bataille.
S'tian s'éveilla en sursaut, un cri prêt à sortir de sa bouche ; il se contint juste à temps et reprit sa respiration. La cabine était de nouveau presque obscure, la seule lumière provenant d'une veilleuse qui se trouvait au-dessus de la porte. S'tian eut un soupir et regarda en direction de l'autre passager. Celui-ci, de toute évidence, ne dormait pas, car de minces reflets dans ses yeux indiquaient qu'il les avait ouverts.
L'homme le regardait.
S'tian eut l'impression, soudain, que les yeux de l'homme dégageaient leur propre lumière, comme s'ils étaient phosphorescents. Il secoua la tête et regarda mieux, mais à cet instant, l'homme bougea et l'illusion disparut. S'tian veilla un moment, imitant la respiration du sommeil et surveillant les bruits émis par l'homme, mais la nuit se poursuivit sans autre incident, et il finit par se rendormir.

Des bruits d'eau provenant du cabinet de toilette le réveillèrent. La lumière diurne était revenue dans le compartiment et l'homme avait abandonné son manteau vert sur son siège. S'tian s'étira et fut soudain saisi par la curiosité : il se leva et vint fouiller le manteau de son compagnon de voyage. Prenant garde à ne pas déplacer l'objet d'une façon évidente, il y découvrit un pistolet lanceur de projectiles ainsi qu'un passeport au nom de 'Chicxulub'. Les autres poches du manteau ne contenaient rien d'intéressant, aussi avisa-t-il le livre que l'autre avait laissé sur le siège, à côté de son sac de voyage : le texte était rédigé en un alphabet différent de celui qu'il connaissait. L'homme avait ajouté en marge des notes dans le même alphabet. S'tian reposa le livre et considéra le sac de voyage, mais à cet instant les bruits d'eau s'interrompirent et le séchoir se mit à vrombir : il préféra se rasseoir à sa place. L'autre passager sortit peu après du cabinet de toilette, revêtu de sa seule tunique blanche, et il enfila son manteau sans mot dire. Puis il se rassit et reprit la lecture de son livre.
S'tian utilisa lui aussi le cabinet de toilette. Lorsqu'il en sortit, un plateau chargé de nourriture l'attendait devant son siège. L'autre passager avait déjà terminé le sien. S'tian revint à sa place et se restaura, puis il ressortit le lecteur de bobines et se mit à patienter.
« Aux voyageurs, annonça la voix du capitaine dans l'intercom, nous sommes à présent dans l'orbite d'Arrakis. Notre vaisseau va être dégagé de son berceau. Atterrissage prévu sur le starport d'Arrakeen : délai, une heure et demie. »
Les stores extérieurs se rouvrirent avec un claquement sec et S'tian contempla l'intérieur du long courrier pendant un moment. Puis le transport de voyageurs décolla de son berceau d'amarrage et accéléra en direction de la sortie du long courrier. C'est ainsi que S'tian eut son premier aperçu d'Arrakis, la planète de l'épice.
Il savait que ce monde était hostile. Sur Arrakis, l'eau était rare comme dans le désert de Ksith, à ceci près qu'il n'y avait pas de tubercules d'ong à déterrer. L'eau et le sol n'y étaient pas empoisonnés, mais les sables à épice recelaient des créatures, les grands vers, de terrifiants prédateurs sans équivalent sur Salusa Secundus. S'tian s'ébroua. Il n'avait pas l'intention de se rendre hors d'Arrakeen. Et de toute façon, à ce qu'il avait lu, il n'y avait pour ainsi dire pas d'habitants à l'extérieur des villes d'Arrakis. Pourquoi la Confrérie ou ses mystérieux commanditaires auraient-ils voulu l'envoyer hors d'Arrakeen ?
Le vaisseau de transport s'arrêta soudain. Il n'y eut nul coup de frein, ni manifestation particulière de l'éclairage, mais S'tian se rendit compte que le disque brun orangé d'Arrakis ne grandissait plus de l'autre côté de la baie vitrée. L'autre passager l'avait remarqué lui aussi et fronçait les sourcils.
« Aux voyageurs, intervint le capitaine. Notre vaisseau a reçu l'ordre d'interromptre sa descente. Des troupes régulières vont monter à bord afin de mener une enquête. Nous vous recommandons l'obéissance aux soldats visiteurs. L'équipage met tout en oeuvre pour minimiser votre désagrément. »
Qu'est-ce que...
«Oh-ho, émit l'homme dans le compartiment, prenant la parole pour la première fois depuis que S'tian partageait sa cabine. Des Sardaukar. »
S'tian éprouva une sensation de malaise. Il s'approcha pour regarder à travers le hublot et vit qu'une frégate s'approchait du vaisseau de transport. Il reconnut le drapeau noir, sans emblème, des Sardaukar impériaux. Mais lorsqu'il vit le symbole qui figurait sous l'insigne noir, son sang se glaça.
Un paon. La Légion du Paon. La Légion à laquelle appartient le Bashar Kzôlan. Höl ! Qu'est-ce qui se passe ?
« Comme c'est désagréable, ajouta l'homme.
S'tian gardait les yeux fixés sur la frégate qui était maintenant à la hauteur du transporteur. Des sas transparents furent déployés de chaque côté puis mis en contact. Des hommes en uniforme de Sardaukar s'avancèrent depuis la frégate.
Dix, quinze... Mais, mais... Par Saint Gagarine, je suis perdu !
Corio Kzôlan faisait partie de l'escouade qui montait à bord du transporteur.
Le dernier espoir qu'il s'agissait d'un hasard se dissipa dans l'esprit de S'tian. Le Bashar l'avait retrouvé. Il allait maintenant devoir subir sa colère et sa vengeance.
Qu'est-ce que je vais faire ?
S'tian recula. Il réalisa soudain qu'il n'avait pas enfilé à nouveau sa cotte de mailles. L'homme le regarda en fronçant les sourcils lorsqu'il se débarrassa de son manteau et qu'il fit glisser la cotte sur son corps.
Qu'est-ce que je fais de lui ?
« C'est toi qu'ils cherchent, lança l'homme.
S'tian dégaina son couteau.
« Ne sois pas idiot, fit l'autre. Tu perdrais du temps à me tuer. De toute façon, tu ne peux t'enfuir nulle part. C'est pour ça qu'ils sont venus te chercher ici plutôt qu'en bas. S'ils te poursuivent, pourquoi donc avoir pris l'espace ? Ne sais-tu pas que c'est là que les fuyards sont les plus vulnérables ? »
S'tian mouilla ses lèvres. Une part de lui-même lui hurlait de s'enfuir, mais déjà son ouïe exercée percevait le bruit des bottes de métal Sardaukar au fond du couloir : la fouille avait commencé.
« Fichu pour fichu... commença-t-il à voix basse et en serrant plus fort le manche de son couteau.
_Ne dis pas de sottises, marmonna l'homme.
Il plongea la main dans son sac de voyage et en sortit une boule d'un noir absolu, grosse comme une tête.
« Tu as beaucoup de chance, dit-il. Prends ça. Serre fort entre tes deux mains. »
Puis, voyant que S'tian hésitait :
« Allez ! »
Quelque chose dans le ton de l'homme décida S'tian. Il rengaina son couteau, remit son manteau par-dessus sa cotte et saisit la boule qu'il pressa entre ses mains.
La boule devint soudain beaucoup moins visible, tout comme ses mains et ses bras. Il eut l'impression que son corps avait acquis une transparence qui s'accentua peu à peu. Il reporta son regard sur l'homme qui venait de saisir son sac à dos dans le filet à bagages et le dissimulait dans son propre bagage.
« Ferme les yeux et personne ne te verra, dit-il à voix basse.
S'tian, de plus en plus étonné, obéit à l'homme. Il sentit une main qui le repoussait contre le hublot, faisant s'appuyer son dos contre le verre. Puis l'homme se rassit et S'tian l'entendit tourner les pages de son livre.
La porte du compartiment s'ouvrit et une voix lança un ordre :
« Au nom de l'Imperium, levez-vous ! »
Le passager obéit.
« Votre titre d'identité. »
Un bruit de papier froissé tiré d'une poche changea de mains une fois... puis deux.
« Vous êtes seul dans ce compartiment ?
_Oui, monsieur, répondit l'homme.
Une vibration se fit entendre et S'tian comprit que le Sardaukar inspectait la pièce avec un renifleur ixien. Il ferma les yeux plus fort encore et retint sa respiration. Cela ne dura pas plus de quelques secondes et pourtant, il lui sembla qu'une éternité s'écoulait avant que la porte du compartiment ne se referme.
« C'est bien, murmura l'homme. Tu peux respirer, mais ne lâche pas la boule. Pas encore. Et n'ouvre pas non plus les yeux pour le moment. »
S'tian attendit.
Les bruits de bottes métalliques se firent entendre à de nombreuses reprises dans le couloir, et un autre Sardaukar vint à son tour fouiller le compartiment. L'homme le reçut de la même façon que le premier, mais en ajoutant une question à la fin de l'investigation :
« Quand pourrons-nous repartir ? »
Le Sardaukar ne répondit pas, mais S'tian comprit que ses supérieurs – le Bashar Kzôlan commandait-il ici ? – étaient dans une situation délicate. Ils avaient dû espérer une réussite rapide, voire même immédiate ; au lieu de cela, ils se voyaient obligés de fouiller le vaisseau de fond en comble et sans succès.
Le capitaine avait été payé par la Confrérie. Sans nul doute nierait-il avoir transporté S'tian. Quant au reste de l'équipage, il suivrait son capitaine. Les Sardaukar seraient furieux mais ils n'avaient aucun moyen de coercition disponible contre le personnel et les passagers du vaisseau, en l'absence de preuve d'un crime.
« Aux voyageurs, fit le capitaine au bout d'un moment. Les visiteurs vont quitter le vaisseau dans dix minutes. Notre voyage va pouvoir reprendre. »
Dans les cabines voisines, certains passagers applaudirent.

« Tu peux lâcher la boule, maintenant, fit l'autre passager.
S'tian rouvrit les yeux et retira l'une de ses mains de la boule. Aussitôt, elle redevint visible et son corps le fut aussi. Ses bras lui semblaient sans force et il ne put tendre l'objet à celui qui le lui avait prêté si bien que l'autre passager dut le lui prendre de la main. Il se laissa tomber dans le siège en face de l'homme tandis que celui-ci lui rendait son sac à dos et rangeait la boule noire dans son sac.
« Qu'est-ce que c'est ? demanda S'tian.
_Un champ de distorsion portatif, actionné par un générateur piézoélectrique, répondit l'homme. Un cône de silence très amélioré, capable de dissimuler quelqu'un aux sens non tactiles d'un observateur. Un prototype sans rien de magique...
_Mais pourquoi m'avoir fait fermer les yeux, alors ?
_L'objet ne dissimule pas les mouvements. J'étais à peu près sûr que tu resterais immobile si tu gardais les yeux fermés. »
Le garçon secoua la tête. Il se massa les bras qui restaient engourdis.
« Pourquoi vous m'avez sauvé ? »
L'homme se rassit à son siège et regarda S'tian. Il eut un soupir et dit :
« Le monde duquel je viens n'aime pas les Sardaukar. »
Si tu savais que j'ai failli en être un, pensa S'tian.
Le danger auquel il venait d'échapper lui fit prendre conscience du fait que sa décision de déserter n'avait pas été prise sur un coup de tête. Il avait su depuis longtemps ce que signifiait le fait d'être un Sardaukar, et il avait craint cette issue depuis presque aussi longtemps. Déserter avait été difficile et il lui arrivait encore de s'inquiéter de son avenir, mais il était certain, à présent, qu'il avait pris la seule bonne décision.
« Quel est votre monde d'origine ? voulut-il savoir.
_Un monde lointain dont tu n'as pas entendu parler, répondit l'homme. Et cela n'a pas d'importance. Je suis un voyageur. Je vais de monde en monde pour essayer de comprendre la nature humaine. »
S'tian l'étudia, incapable de lui donner un âge : était-ce un jeune homme tout juste sorti de l'adolescence, ou bien abordait-il l'âge mur ? Ses cheveux étaient bruns mais certains d'entre eux semblaient blancs.
« Merci, dit-il enfin. Merci pour ce que vous avez fait. Vous n'avez pas idée de ce qui... »
L'homme l'interrompit d'un geste de la main.
« Ne t'inquiète pas pour ça. Il vaut sans doute mieux que je n'en sache pas trop quant aux raisons pour lesquelles des Sardaukar te recherchent. Je suis un voyageur, pas un aventurier. »
Le vaisseau traversait les couches de l'atmosphère d'Arrakis à grande allure.
« Ma question sera sans doute indiscrète, mais que fais-tu si loin de Bilbringini ? »
S'tian fronça les sourcils.
« Pardon ? Qu'est-ce que vous avez dit ?
_Que fais-tu si loin de Bilbringini ? »
Et, constatant l'incompréhension du garçon, l'autre passager ajouta :
« Tu n'as jamais entendu parler du phénotype de Bilbringini ? Ce monde est le seul où soit apparu le variant de la mélanine qui donne ce teint caractéristique... Une peau pâle mais pourtant résistante au soleil, des yeux gris et des cheveux sombres.
_Attendez... Vous dites que je suis originaire de Bilbringini ? Je sais de source sûre que je ne suis pas né là-bas...
_Je n'ai pas dit ça. Je sais que ceux de Bilbringini n'émigrent pas. C'est un monde qui se tient, en général, très à l'écart des affaires de l'Imperium.
_Donc vous pensez que l'un de mes ancêtres est venu de ce monde ? insista S'tian.
_Sans nul doute, sourit l'homme.
Saisi d'une inspiration, S'tian dégaina son couteau et le lui tendit en le tenant par le côté métallique.
« Et ceci... pensez-vous que cela vienne aussi de ce monde ? »
L'homme accepta le manche du couteau et l'avança devant ses yeux.
« J'ai entendu dire que les forgerons de Bilbringini savent préparer ce genre de métal noir, dit-il enfin. Mais ils ne sont pas les seuls dans le vaste Imperium, sans doute. »
Il rendit le couteau à S'tian qui le rengaina, l'air pensif.
« Il y a un mystère qui pèse sur toi, conclut le passager.
S'tian ne répondit pas. Dans le hublot, la surface d'Arrakis était désormais visible et se rapprochait : on voyait déjà la piste d'atterrissage. Sur les bâtiments, les bannières des Harkonnen frémissaient dans une très légère brise. Le ciel était d'un bleu si pâle qu'il en était presque blanc.
« Arrakis est un monde dangereux, ajouta l'homme.
_Je ne crains pas le danger, répondit S'tian.
_Je m'en suis rendu compte. Mais peut-être découvriras-tu plus tard que le pire danger, sur Arrakis, n'est pas toujours le plus évident.
_Vous êtes déjà venu ici ?
_Jamais, sourit le passager. J'ai lu toutes les informations disponibles sur ce monde. Sais-tu où te rendre une fois que tu seras sorti du vaisseau ? As-tu besoin d'aide ?
_J'ai des contacts qui m'attendent... »
L'autre passager hocha la tête. Le vaisseau avait dégagé ses béquilles d'atterrissage et celles-ci heurtèrent le sol. Les moteurs s'arrêtèrent et le capitaine leur fit une dernière annonce:
« Aux voyageurs, notre vaisseau est à l'arrêt. La descente est autorisée dès maintenant. »
L'homme se leva et disposa son sac de voyage à l'épaule.
« Eh bien, il ne me reste plus qu'à te souhaiter bonne chance dans ton entreprise... Puis-je te demander quel est ton nom ? »
S'tian s'était levé lui aussi et avait passé les brides de son sac à dos. Il leva les yeux vers son interlocuteur, hésita, se mouilla les lèvres puis répondit :
« Je m'appelle S'tian...
_Très bien. Je m'en souviendrai. Quant à moi, mon nom est...
_Chicxulub, répondit le garçon.
L'homme fronça les sourcils et S'tian détourna le regard.
« Tout à l'heure, quand vous étiez dans le cabinet de toilette, j'ai fouillé votre manteau et j'ai lu votre passeport. C'est comme ça que j'ai connu votre nom.
_Tu as fouillé mon omophorion ? s'étonna l'homme. Tu es plus audacieux que je n'aurais cru. »
Il éclata de rire et, surpris, S'tian leva de nouveau les yeux vers lui.
« Oui, sans doute as-tu des raisons de ne pas craindre le danger, poursuivait l'homme.
Il mit un genou à terre et regarda S'tian dans les yeux.
« Ce nom n'est pas mon vrai nom, dit-il à voix basse. Je le donne à ceux à qui je ne suis pas sûr de pouvoir faire confiance. En réalité, mon nom est Anudar. »
Il se redressa et sortit dans le couloir du vaisseau. S'tian hésita un instant et partit après lui. L'homme marchait vite et il ne put le rattraper qu'une fois qu'ils furent sortis du vaisseau, sur la piste du starport.
« Hé, monsieur ! l'appela-t-il.
L'autre se retourna.
« Merci encore, lui dit S'tian. Merci, et pardon pour avoir fouillé dans vos affaires... »
L'homme inclina la tête, sourit et s'approcha de lui.
« Je ne resterai pas longtemps sur Arrakis, dit-il. Je pense que nous ne nous reverrons pas de sitôt. Mais un jour, j'irai sur Bilbringini. J'en suis certain. J'espère t'y voir avant la fin. »
Il tendit la main et caressa les cheveux du garçon. Celui-ci, gêné, fronça les sourcils : nul ne l'avait habitué à ce genre de geste.
« Au revoir, S'tian, conclut l'homme. Et sois prudent. Je ne serai plus là pour t'aider, maintenant. »

P.S. : merci pour ton commentaire, j'en profite pour poster le passage qui est prêt. Il est beaucoup plus long que le précédent.
Tes suggestions me semblent fort intéressantes et je les mettrai en oeuvre, mais pas aujourd'hui. Je le ferai avant de poster le prochain passage.
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Anudar
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« Répondre #32 le: Août 12, 2010, 10:12:48 »

14. 10183 Ap. G., frégate Sardaukar, orbite d'Arrakis.

« C'est impossible, cracha le Bashar Kzôlan. Nous avons fouillé ce vaisseau de fond en comble. Nous avons exploré toutes les cabines, toutes les soutes, passé toutes les cloisons à l'ausculteur sonique... Le garçon n'était pas à bord.
_La source... commença le Burseg Raki.
_Que votre source aille pourrir en Höl ! s'exclama Kzôlan. Je me suis couvert de ridicule devant cet inférieur de capitaine. Par la Grande Catin, quelques instants de plus à bord de son vaisseau et il était en droit de me convoquer devant un tribunal militaire ! Mais à quoi donc pensiez-vous ? »
Le regard de Sunshao, décontenancé, passait en alternance du Bashar au Burseg. Ils étaient tous les trois seuls sur le pont du commandement. La main de Kzôlan se portait souvent sur le manche de son couteau et, pour une fois, les mains de Raki restaient immobiles sur ses hanches.
« Cela suffit, Bashar Kzôlan, marmonna le Burseg. N'oubliez pas que je suis votre supérieur. Et ne songez pas à me défier en un duel agny kaï : rien de bon n'en sortirait. »
Kzôlan mouilla ses lèvres et retira sa main de son couteau pour se croiser les bras.
« La source était formelle et digne de confiance, reprit le Burseg. Le gamin était à bord du vaisseau de transport. Si vos hommes ne l'ont pas trouvé, c'est qu'il a été dissimulé. Je ne doute pas de ses talents d'infiltrateur... »
Ses yeux se portèrent sur le fils de Kzôlan, qui lui adressa un signe de tête en retour.
« ... mais on n'échappe pas à un commando Sardaukar sans aide extérieure.
_Le capitaine...
_Cet homme a nié avoir transporté le gamin. Il mentait, bien entendu. Cet homme est réputé avoir partie liée à la Confrérie, à laquelle appartient désormais le gamin.
_Vous pensez donc qu'il l'aurait protégé.
_C'est une possibilité. Une autre serait que le gamin aurait bénéficié de la protection de l'un des passagers, une autre encore voudrait qu'il ait eu sur lui – par exemple grâce à la Confrérie – un dispositif de dissimulation. »
Raki se fit pensif.
« Quoi qu'il en soit, cela n'a pas beaucoup d'importance à présent. Nous avons échoué à intercepter le garçon avant son entrée en Arrakeen. Cela signifie que les plans Ordos, quels qu'ils soient, ne seront pas contrecarrés aussi vite que prévu.
_Ce n'est pas mon problème, trancha Kzôlan. J'ai reçu l'ordre, jadis, de faire en sorte que le garçon devienne un Sardaukar ou disparaisse à jamais. J'ai la ferme intention d'accomplir ce que l'on attend de moi.
_Et que préconisez-vous ? »
Kzôlan se dirigea vers le hublot le plus proche et contempla un moment le disque brun d'Arrakis.
« Cette frégate est autonome, finit-il par dire. Et l'Imperium maintient une présence là-bas, en la personne du Comte Fenring. »
Le Burseg plissa les yeux et déclara :
« Le gamin sera difficile à retrouver en Arrakeen, y compris pour les Sardaukar de la garde du Comte. Le demi-monde y est impénétrable.
_Père, veux-tu dire que tu envisages...
_Un ordre est un ordre, l'interrompit Kzôlan. Je retrouverai le garçon. Il ne pourra pas sortir d'Arrakis sans être repéré. Il finira bien par se faire remarquer en dehors des frontières du demi-monde.
_Cela peut prendre des années, murmura le Burseg.
_Qui commandera au village pendant ton absence ? insista Sunshao.
Kzôlan fit un geste de la main.
« Il n'y a pas de chef sans subordonnés, dit-il. Ma place est ici pour le moment et je suis prêt à patienter le temps qu'il faudra. Quatre Sardaukar de la Légion du Paon resteront ici sous mes ordres. Burseg Raki, puis-je compter sur votre recommandation auprès du Comte Fenring ?
_Un ordre est un ordre, approuva l'autre.
Ils échangèrent un regard dans lequel passèrent bien des choses.
C'était un fait que depuis l'accession au trône de l'Empereur Shaddam IV, une fraction non négligeable des Sardaukar, les forces d'élite de l'Imperium, devait son influence grandissante à l'appui qu'elle trouvait auprès du Comte Fenring. Une autre fraction, non moins négligeable, s'opposait par principe à ce qu'elle percevait comme une main-mise inacceptable sur le poing armé de l'Imperium.
Mais en définitive, les Sardaukar n'étaient fidèles qu'à l'Empereur. Et même si Kzôlan méprisait Raki parce qu'à son sens, il devait sa promotion aux manigances d'un parvenu, tous deux savaient quels étaient leurs ordres.
Les idées folles ne s'éteignent qu'une fois dissipées dans l'éducation des générations à venir.
« Je vais contacter le Comte, reprit le Burseg Raki, et obtenir l'envoi d'une deuxième frégate. Le personnel inutile ici va être rapatrié sur Salusa Secundus et quant à moi, j'irai apporter mon rapport à l'Empereur en personne. »
Kzôlan hocha la tête.
Au moins, cet homme ne craint-il pas d'assumer sa part de responsabilité...

Voici donc la suite, et le dernier passage du Livre 1.
A la demande de Matou, j'ai édité le premier message pour y insérer une table des matières. J'espère que cela facilitera la navigation.
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« Répondre #33 le: Août 12, 2010, 03:31:49 »

Dès que tu as évoqué le "voyageur", je me suis douté que tu ferais ton Hitchcok sur ce coup-là, plus impliqué encore de le coup de Marty & Daniel de FH. Quant au "champ de distorsion portatif, actionné par un générateur piézoélectrique", fort ! Wink
Voici donc tous les éléments prêts pour accueillir l'action sur Arakis...
Je suis assez impressionné. Seuls le ton des dialogues me paraît parfois perfectible (début du dernier passage ci-dessus par exemple), mais tu tiens là un bien beau projet qui s'annonce supérieur à ce que pond KJA (et l'autre, là).
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« Répondre #34 le: Août 12, 2010, 05:38:25 »


Les idées folles ne s'éteignent qu'une fois dissipées dans l'éducation des générations à venir.

Au moins, cet homme ne craint-il pas d'assumer sa part de responsabilité...


Toujours fan de tes aphorismes .

Par contre, un peu surpris par l'importance que ce méchant morveux de S'tian prend aux yeux de la hiérarchie Sardaukar et de l'Empereur lui-même.
Ça semble parfois un peu too much pour être vraisemblable. Comment lier sa petite histoire avec la grande ? Celle qui prend un grand H !
Il y a bien le complot Ordos (qui semblait pourtant bien verrouillé). Et Kzôlan se fait peut-être tout un film sur son "honneur" bafoué. Mais n'y a-t-il pas autre chose pour que tout un commando parte à sa poursuite ?
J'imagine que tu vas nous dégotter un plan dans les plans qui va nous expliquer les autres raisons qui font d'un petit albinos sadique un tel sujet de préoccupation pour les hauts cadres de l'armée d'élite de l'Empereur d'un million de mondes  Wink

PS: j'aime bien l'image de "cracher" ... c'est très évocateur (comme "aboyer" un ordre) ... ou la "Grande Catin" (une amie de Saint Gagarine ?) .... Ce sont des petites pépites qui concluent bien ce Livre I . Bravo !
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« Répondre #35 le: Août 12, 2010, 08:24:59 »

La suite, la suite!!!  Grin
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